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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 22:48

 

Yoshimura Actes sud, janvier 2009

Traduit du japonais par Yutaka Makino.

 Coup de coeur.

Ce livre est un cadeau, merci Pascale ! A mon tour, je l’ai offert, prêté, recommandé, mis au programme du cercle de lecture, rajouté aux achats de la bibliothèque. Un coup de cœur absolu. Un choc.

Je l’ai lu. Je ne l’ai pas reposé, je l’ai immédiatement relu. Je l’ai ensuite relu avant le cercle de lecture. Je l’ai relu à chaque fois que l’on me l’a rendu. A chaque fois, j’ai ressenti une légère angoisse à l’idée que la magie, le charme étrange n’opèrent plus. A chaque fois, j’ai été envoutée par sa poésie et le choc des deux civilisations. J’hésite maintenant entre l’envie de lire d’autres livres de Akira Yoshimura, ou la peur d’être déçue. Je ne suis pas familière de la littérature japonaise, je ne sais pas s’il s’agit ici d’une rencontre unique ou du début d’une histoire d ‘amour.

C’est un tout petit livre, il prend une place énorme. Il se lit vite, il est inoubliable. Les phrases sont simples, elles pèsent lourd. Il ne coûte pas cher, il a une valeur incroyable. C’est un cadeau !



Une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne arrive dans une vallée mal connue, et découvre un hameau coupé du monde, isolé.  Au fond du ravin bordé par les versants dénudés de la montagne serpentait un torrent aux reflets métalliques. Et le long de cette eau resplendissante, nous apercevions tout en bas, discrètement blotti, le groupe de maisons dont nous avions entendu parler. (     ) Alors mes yeux ont capté quelque chose d’insolite. J’en ai suivi des yeux l’étendue. Une étendue de pierres tombales absolument inimaginable. Dans un coin au nord de la vallée se dressait isolée une construction au toit de chaume qui ressemblait à un temple. Le regroupement de pierres tombales commençait là, pour s’étendre en se bousculant sur tout le côté gauche du torrent, s’étirant vers le sud de la vallée avec la même densité, ses extrémités allant jusqu’à grimper la pente naissante de la montagne. La superficie occupée par le cimetière était incroyable. Elle représentait un tiers de la vallée.

 Les deux communautés ne se mélangent pas. Nous étions entre nous, les habitants du hameau entre eux, chacun vivant de son côté sans se côtoyer.

Les ouvriers observent les villageois avec méfiance, curiosité, incompréhension, mépris. Nous nous regardions avec stupéfaction. Nos visages trahissaient l’étonnement. Bientôt les traits de mes collègues se détendirent un peu et la lueur d’inquiétude au fond de leurs yeux diminua rapidement.  –Oh, ils ne refont pas les toitures, ils remettent la mousse, dit à mi-voix l’un des ouvriers, les yeux rieurs. Et pointant le doigt en direction du hameau, il éclata de rire. Cela se propagea aux autres en un clin d’œil et je me retrouvai au milieu d’un tourbillon de rires stridents. Ils venaient de comprendre qu’ils n’avaient aucune raison d’avoir peur du hameau. Leurs rires trahissaient un profond soulagement. Qui ne tarda pas à se muer en mépris.

Le hameau est condamné à être englouti sous les eaux, et la petite communauté ne semble pas en avoir conscience. Les hommes grimpèrent sur les toits. Et le travail reprit avec entrain. Comme on pouvait s’y attendre, les ouvriers étaient totalement déconcertés. – Ils ont perdu la tête. A leurs yeux, le travail des habitants du hameau paraissait difficile à comprendre. La chose se reproduisait à l’infini. Les habitants du hameau persévéraient chaque fois à replacer les mousses sur les toits..

La rencontre entre les deux communautés sera forcément dramatique. Je vis sur son profil, mélangée à la peur, une légère nuance de honte. Je ressentis soudain un choc dans mon dos comme si on m’avait frappé : je venais de comprendre clairement la raison pour laquelle les gens du hameau étaient venus. J’observais attentivement le vieillard et l’homme d’âge mûr qui, sous leur chapeau de laîche, avaient les yeux rivés sur l’ouvrier.

Le narrateur, un homme sorti de prison, cherche à s’éloigner du monde pour trouver la paix. Son histoire entre en résonance avec celle des villageois pour lesquels il éprouve de la fascination. Accompagner du regard les derniers instants du hameau en companie de cet homme m’était insupportable, un peu comme s’il y avait profanation. (     ) Moi, je n’ai pas bougé. Les habitants voulaient s’en aller après avoir incendié le hameau. Quelque chose de chaud débordait de mes yeux sans retenue.

 


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Published by Pichenette - dans Lectures
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commentaires

mimipinson 22/07/2011 13:04



je sais, c'est mpi qui lui ai fait lire  



Pichenette 22/07/2011 13:24



Bravo Mimipinson et merci de faire la chaîne: J'ai adoré!!!



mimipinson 21/07/2011 09:42



Bel avis


Je ne connais que ce titre, mais c'est certain que je renviendrai vers cet auteur.



Pichenette 22/07/2011 12:40



Va aussi voir l'article sur le blogue de Zazimut, elle en parle très bien et comme moi, elle a été passionnée. Un livre vraiment à découvrir.


http://zazymut.over-blog.com/article-akira-yoshimura-le-convoi-de-l-eau-74357490.html



zazy 20/07/2011 15:33



je l'ai déjà lu et commenté sur mon blog. Mais je confirme : j'aime bien ton commentaire



Pichenette 20/07/2011 23:45



Je vais vite lire ce que tu en as pensé, tu m'intrigues!



zazy 18/07/2011 10:41



Très beau commentaire



Pichenette 19/07/2011 12:10



S'il te donne envie de lire ce petit roman, alors  ! Merci de ton commentaire.



Philippe D 11/07/2011 06:28



Je ne lis jamais deux fois le même livre comme je ne regarde jamais deux fois le même film. On ne peut plus ressentir la même chose la deuxième fois. On connait l'histoire, la trame, la fin, le
charme est rompu, non?


Passe une bonne semaine.



Pichenette 11/07/2011 11:15



Pas du tou! Comme tu es forcément moins pris par le déroulement de l'histoire, tu remarques les détails que tu n'avais pas remarqués, tu es plus sensible au charme de l'écriture, et tu réalises
mieux pourquoi tu avais aimé ce livre. Comme un pull tout doux que tu aimes plus que les autres ou comme les restes d'un plat délicieux que tu savoures tranquillement le lendemain... Miam!



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