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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 12:00

Pas dinquietudeStock, Août 2011

Deuxième sélection prix Fémina 2011.

Deuxième sélection prix Médicis 2011

Finaliste prix roman France télévisions 2011

 

Un roman intimiste. L'histoire d'une famille sans histoire qui quitte enfin un appartement exigu pour une maison dans un lotissement, avec un jardin et qui garde tous les travaux de finition, pour plus tard, par souci d'économie. Le rêve. Recevoir enfin les amis autour d'un barbecue...
Mais c'est la maladie qui s'invite. Et les travaux attendront.
Ce fut la première soirée pas comme les autres. Un convive sans nom s'était invité à notre table, disons que la maladie devint le nouveau membre de notre famille.


Mehdi, le plus jeune des deux enfants souffre d'un cancer. Et c'est toute la vie de la famille qui est bouleversée .
Plus je remâchais ce "pas d'inquiétude", plus ma gorge se serrait. "Pas d'inquiétude" n'est pas compatible avec "sans tarder", le médecin se contredisait, et en même temps je me rassurais, non, rien de plus normal, il voulait juste qu'un spécialiste prenne le relais, son sérieux était réconfortant, il valait mieux envisager les choses à temps. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, nous avons peu parlé ce soir-là, ma femme et moi.


Le narrateur est le père et c'est ce qui est inattendu; on entend plus souvent la souffrance d'une mère dans ces circonstances et son souci du bien-être de son enfant. Ici, non, c'est l'abattement de l'homme qui est exprimé.
Mon statut changeait.


Il raconte l'urgence, le quotidien à organiser. Sa femme vient d'obtenir un CDD, elle espère enfin être embauchée en CDI, elle ne peut pas s'absenter, c'est donc lui qui prend un long congé pour s'occuper de leur fils. Puis des RTT. Une vie domestique lente, étrange s'installe. Il raconte les jeux de son fils qu'il ne comprend pas, leur tête à tête silencieux, mais pas sa maladie dont on ne sait rien si ce n'est la gravité.
Je ne savais quoi lui transmettre, quoi lui montrer puisque toute activité physique nous était interdite, aucun jeu de ballon, ni même de badminton qu'on aurait pu pratiquer sur notre terrain.


Il parle de son anxiété, de sa maladresse, de son incapacité à occuper son temps libre. Sans travail, sans relations sociales, sans horaires, avec le sentiment de ne jamais être à la hauteur, l'inquiétude latente, il erre sans repères.
Ma place était à l'imprimerie avec Manu et José mais depuis des mois j'étais un imprimeur qui n'imprime pas, une race étrange un peu suspecte, comme un homme sans patrie, un chasseur sans gibier, un errant illégitime, rêveur ou usurpateur, qui ne sait plus très bien qui il est.


Les relations du couple souffrent, leurs préoccupations quotidiennes sont très différentes, ils n'ont plus en commun que la culpabilité, la peur face à la maladie, sa progression, les avis des médecins qu'ils peinent à comprendre. D'ailleurs, il ne nomme jamais sa femme, se contente de dire "ma femme".
Le moindre faux pas déclenchait des malentendus ou parfois même des fureurs passagères. 

Après avoir repris un temps le travail avec soulagement, il se retrouve désemparé face à la générosité de ses collègues qui lui offrent leurs RTT afin qu'il puisse continuer à s'occuper de Mehdi.(Ce fait réel a inspiré le roman). Il leur est redevable, sa dette l'écrase et l'isole encore plus. 

Je savais que ce temps mis à ma disposition se devait d'être utile et dépensé à bon escient. C'était ce que je ressentais quand je divaguais dans la maison ou que je posais les quelques lés de papier peint qui manquaient encore dans le couloir et sur un des murs du salon, je pensais à ce temps que les gars sacrifiaient pour moi et je m'en voulais de ne pas être à la hauteur, le plus souvent désoeuvré, à boire de plus en plus de bières quand ma femme était absente. Je ne pouvais gaspiller tous ces jours à simplement être là, disponible pour Mehdi, cela me semblait insuffisant, comme si j'avais à rendre des comptes.


Brigitte Giraud décrit sans pathos, ni sensiblerie, avec un style sobre, les bouleversements qu'engendre la maladie, les perturbations familiales, les sentiments d'irréalité, d'isolement, d'abattement, d'angoisse.
Un écheveau d'états contradictoires.


Un très beau texte, sur un sujet complexe.


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Published by Pichenette - dans Lectures
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commentaires

chantal 29/11/2011 18:03


j'ai mon anniversaire dans qq jours, il est sur la liste !   


sinon, en ce moment je lis en urgence des histoires de dragon et encore de dragon, tu verras pourquoi dans qq mois.


 



Pichenette 30/11/2011 22:40



Bon anniversaire!


Et j'ai hâte de lire quelque chose sur les dragons!



chantal 28/11/2011 15:59


je suis enchantée que Brigitte Giraud te plaise ! C'est une écrivaine délicieuse et très subtile.



Pichenette 29/11/2011 11:20



As-tu lu ce livre? Je l'ai trouvé magnifique! Très humain.



Anis 25/11/2011 21:01


Je ne la connais pas mais la maladie d'un enfant est un sujet très difficile à traiter parce qu'il paraît encore plus injuste.

Pichenette 26/11/2011 20:48



Je suis ravie de te faire découvrir cette écrivaine. Un grand talent. Et de l'intelligence. 



Miss Mary 25/11/2011 09:19


Bonjour Pichenette, merci d'être passée sur mon blog, alors à mon tour je te fais une petite visite d'amitié, et je découvre ce merveilleux livre, qui d'après le résumé que tu en fais, me
donne très envie de le lire.... Merci pour cette bonne idée de lecture, j'aime lire pendant les longues soirées de l'hiver ! Bonne journée, bisous.     "Miss Mary"

Pichenette 25/11/2011 10:43



Cette rentrée littéraire d'automne nous apporte de bons livres. Brigitte Giraud signe un livre intimiste très réussi, sur un sujet sensible. Si tu le lis, j'espère qu'il te plaira.



Mimi des Plaisirs 24/11/2011 22:59


Je te remercie d'avoir parlé de ce livre et d'en avoir cité des extraits. Brigitte Giraud, je l'ai déjà lue et beaucoup appréciée, mais ce livre -ci, je n'ai pas le courage de le lire,( trop
proche du quotidien , sans doute). Je l'ai pris en main en librairie, ai manqué l'acheter, et je l'ai reposé, trop bouleversée.
 Je n'avais pas pris conscience que Brigitte Giraud avait pris un homme comme narrateur, elle une femme. C'est un éclairage original.

Pichenette 24/11/2011 23:17



C'est un beau livre sur un beau sujet.Et c'est très bien car non seulement le narrateur est le père mais il décrit ses sentiments, le bouleversement provoqué dans sa vie par la maladie, mais pas
la maladie elle-même. Avec ce livre, B. Giraud gagne ses galons de grande!



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Jurée du prix des lecteurs des Ecrivains du Sud.
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