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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 13:02

 

Nom d'une pipe! Ciel! Blake! 

 

Dictionnaires français- anglais des expressions courantes, Jean-Loup Chifflet, Mots et Cie.



Grâce à la complicité du célèbre tandem Blake et Mortimer, voici le principe:

Prendre un mot français, normal, au sens propre ou au sens figuré suivant la saison et les arrivages.

Chercher sa traduction littérale. Si l'on en trouve plusieurs, faire un choix arbitraire.

Introduire ce mot dans une locution courante (proverbe, expression familière ou officielle, citation, etc.) Si l'on aime les plats relevés, ne pas hésiter à parsemer d'argot.

Traduire en anglais la locution entière mot à mot sans oublier l'expression anglaise "officielle" correspondante. Napper de sauce à la menthe. Servir.

 

Name of a pipe! Sky! Mortimer!   

   

 English-french dictionarys of running idioms, John-Wolf Whistle, Words and C°.


Retournez le livre, ouvrez-le dans l'autre sens, et c'est la même recette à deux variantes près.

Prendre un mot anglais (     )

Saupoudrez d'ail. Servir.


Le mot à mot, érigé en principe, recèle des trésors d'absurdité et de drôlerie. Fou-rire garanti!

Cerise sur le gâteau: les deux dictionnaires sont illustrés par des bulles extraites des célèbres BD de Blake et Mortimer.

Deux ouvrages irrésistibles.  A partager en famille. A offrir à vos proches

 

 

Jean-Loup Chifflet (John-Wolf Wistle)

Linguiste, chroniqueur et éditeur (Mots et Cie, Chiflet &Cie)

Homme de mots bourré d’humour, passionné par les expressions idiomatiques, les nuances, les difficultés grammaticales et les aberrations de la langue française, Jean-Loup Chiflet a le souci d'instruire en s'amusant.

Il est l’auteur de Sky my husband, le Mokimanké, le Dictionnaire des mots qui existent enfin, le Dictionnaire des mots qui n’existent pas, et tant d’autres…

« J’aime la langue pour des raisons qui me sont inconnues, j’aime jouer avec les mots mais je n’ai jamais fait d’études littéraires, c’est pour cela que le terme de « grammairien buissonnier » me semble assez juste. Je participe régulièrement à des débats avec de vrais linguistes, (     ) . J’aime et j’admire ce que font ces spécialistes, mais je ne suis pas « professionnel » comme eux. En revanche je pense que nous sommes assez complémentaires, je fais souvent office de clown en quelque sorte ! » (extrait d'un entretien avec l'auteur, Radio-France, mars 2005)

 

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 07:02
 Dongala. Photo de groupe au bord d'un fleuve  Actes Sud. Avril 2010.

 Coup de coeur. 

Prix Virilio 2010 du meilleur roman francophone.

Meilleur livre 2010, catégorie roman français, du magazine Lire.


Elles sont une quinzaine sur la photo prise au bord du fleuve, des ouvrières courageuses (Méré, Iyissou, Batatou, Bileko, Laurentine et les autres). Cassées par la vie, elles cassent des cailloux et remplissent de lourds sacs sous le soleil africain pour la construction de l’aéroport voisin.

Révoltées par l’oppression et leur exploitation, elles décident un beau jour de demander une augmentation pour que leur labeur soit correctement rémunéré.

D'habitude, les acheteurs allaient directement inspecter les sacs avec l'arrogance de ceux qui ont l'argent, se complaisant dans la manière dont vous vous pressiez autour d'eux, telles des poules dans un poulailler s'égaillant autour de celui qui leur jette des graines à picorer ; ils savaient que vous étiez prêtes à subir toutes leurs vexations pour toucher ces fameux dix mille francs. Coups de gueule par ci : Eh toi là, ton sac n'est même pas plein, tu me prends pour un idiot, ajoute quelques cailloux pour bien le remplir si tu veux que je l'achète ! Mais c'est quoi ça ? Tu appelles ça du gravier ? Mais vas-y donc pendant que tu y es, vends-moi carrément les gros blocs que tu vois là-bas. Coups de pieds dans le sac qu'ils renversaient pour montrer à la vendeuse que ses cailloux n'étaient pas cassés assez petits.

 

Chers sœurs et camarades, nous sommes des femmes qui essayons de gagner notre vie en cassant et vendant la pierre. Il y a parmi nous des femmes qui sont allées à l’école et des femmes qui ne savent pas lire, il y a des jeunes et des plus âgées, il y a des femmes mariées et des célibataires, des veuves et des divorcées. Nous n’attendons pas que l’Etat nous donne un salaire. Nous, nous sommes des femmes actives et tout ce que nous voulons, c’est qu’on nous achète notre marchandise à son juste prix.

 

 Cette juste revendication devient un combat collectif contre tous.

Vous ne vous attendiez pas du tout à ce que la riposte soit aussi rapide et brutale. Mis en déroute à onze heures, ces acheteurs de pierre sont revenus en force moins de deux heures plus tard, au moment même où vous vous apprêtiez à quitter le chantier. Seulement cette fois-ci ils ne sont pas venus seuls mais accompagnés par un commando armé. Bien que surprise, tu n'es pas étonnée outre mesure puisque la plupart de ces camions appartenaient aux gros pontes du régime en place qui se cachaient derrière des parents anonymes pour faire des affaires souvent louches. Pour eux, mobiliser la police pour défendre leur bien privé est tout à fait normal.


Soutenues par le sentiment de leur dignité, le refus de toutes les formes de domination, sachant profiter de concours de circonstances, ces véritables héroïnes découvrent la force collective, la solidarité et l’espoir.
 

Question de dignité, mes amies. Nous ne nous battons pas seulement pour un meilleur prix pour nos sacs, mais aussi pour qu’on nous respecte.


Demain sera peut-être un jour différent, un jour qui ne s’était jamais levé auparavant.


Tu penses à ces femmes de Guinée qui, les premières, avaient osé défier le dictateur Sékou Touré en organisant une marche sur son palais ; et aussi à ces femmes maliennes qui avaient bravé un autre dictateur, Moussa Traoré. Tu penses aux mères des disparus chiliens sous les fenêtres de Pinochet, aux femmes d’Argentine qui avaient manifesté pour les enfants enlevés. Plus tu y penses, plus tu es exaltée. Et les noms des femmes fortes de l’histoire te reviennent : Kimpa Vita qui, dans l’ancien royaume du Kongo, avait mené des troupes contre l’occupant portugais, Rosa Park qui avait refusé de céder sa place de bus à un blanc dans une ville du Sud des Etats-Unis d’Amérique.

 

C’est drôle, tragique, réaliste, féroce !

Un style fort grâce à l’emploi de la deuxième personne.

Ce matin, quand tu te lèves, tu sens que ce jour qui se lève avec toi est un jour qui ne s’est encore jamais levé, un jour différent. 

Un roman social, humaniste, ironique et affectueux.

Pour Emmanuel Dongala, la femme est l’avenir de l’Homme.


Biographie

Né en 1941 d’un père congolais et d’une mère centrafricaine, Emmanuel Dongala a quitté le Congo au moment de la guerre civile de 1997. Il vit actuellement aux Etats-Unis, où il enseigne la chimie et la littérature africaine francophone à Bard College at Simon ’s Rock. Son roman Johnny chien méchant (Le Serpent à plumes, 2002) a été adapté au cinéma par Jean-Stéphane Sauvaire sous le titre Johnny Mad Dog. 

 


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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 19:47

Parle-leur-de-batailles...-Mathias-Enard1-154x300 Actes Sud, Août 2010

   Prix Goncourt des lycéens 2010

Un vrai succès de librairie, vendu à ce jour à 135 000 exemplaires.


Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles, de rois, de chevaux, de diables, d'éléphants et d'anges, mais n'omets pas de leur parler d'amour et de choses semblables.

La citation initiale appartient à Kipling, dans l'introduction d'Au hasard de la vie.


Trois balles de fourrures de zibeline et de martre, cent douze panni de laine, neuf rouleaux de satin de Bergame, autant de velours florentin doré, cinq barils de nitre, deux caisses de miroirs et un petit coffre à bijoux: voilà ce qui débarque après Michel-angelo Buonarrotti dans le port de Constantinoplele jeudi 13 mai 1506. A peine la frégate amarrée, le sculpteur a sauté à terre. Il tangue un peu, après six jours de navigation pénible. On ignore le nom du drogman grec qui l'attend, appelons-le Manuel; on connaît en revanche celui du commerçant qui l'accompagne, Giovanni di Francesco Maringhi, Florentin établi à Istanbul depuis cinq ans déjà. Les marchandises lui appartiennent. C'est un homme affable, heureux de rencontrer le sculpteur de David, ce héros de la république de Florence.

Evidemment Istanbul était bien différente alors; on l'appelait surtout Constantinople; Sainte Sophie trônait seule sans la Mosquée bleue, la rive orientale du Bosphore était désolée, le grand bazar n'était pas encore cette immense toile d'araignée où se perdent les touristes du monde entier pour qu'on les y dévore. L'Empire n'était plus romain et pas encore l'Empire, la ville balançait entre Ottomans, Grecs, juifs et Latins; le sultan avait nom Bayazid, le deuxième, surnommé le Saint, le Pieux, le Juste. Les Florentins et les Vénitiens l'appelaient Bajazetto, les Français Bajazet. C'était un homme sage et discret, qui régna trente et un ans; il aimait tâter du vin, de la poésie et de la musique; il ne rechignait ni aux jeunes hommes, ni aux jeunes femmes; il appréciait les sciences et les arts, l'astronomie, l'architecture, les plaisirs de la guerre, les chevaux rapides et les armes tranchantes. On ignore ce qui le poussa à inviter Michel-ange Buonarrotti des Buonarrotti de Florence à Istanbul, même si le sculpteur jouissait déjà, en Italie, d'un grand renom. A trente et un ans, certains voyaient en lui le plus grand artiste du temps. On le comparait souvent à l'immense Léonard de Vinci, de vingt ans son aîné.

 

Voilà un petit (152 pages) roman savoureux au titre merveilleux. A partir de quelques éléments réels (l'invitation du sultan, les lettres de Michel-Ange à son frère, les plans de Sainte-Sophie envoyés à l'architecte du Vatican, le dessin d'un pont sur la Corne d'Or de Léonard de Vinci, l'esquisse Projet d'un pont pour la Corne d'Or attribuée à Michel-Ange entre autres), Mathias Enard brode et relate le séjour de Michel-Ange, ses rencontres, sa fascination pour Constantinople. Des chapitres courts, une ou deux pages, et la magie opére.


pont Michel-Ange pont Michel-Ange détail

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 07:00

Corps 2Buchet, Chastel. Septembre 2010.

Sélection du prix des lecteurs des Ecrivains du Sud 2011

 

Corps est court!

Quelque 150 pages d'un quasi format poche pour explorer les mystères du corps féminin ainsi que nous le laissent entendre le titre, la photo et la quatrième de couverture.


Corps est léger!

Catégorie "roman", pas d'histoire cependant mais un sujet: la narratrice observe le corps des femmes qui défilent dans son institut de beauté, révèle quelques confidences. Elle se souvient également de son enfance lorsqu'avec sa soeur Else, elles cherchaient à comprendre le mystère de la chambre à coucher de leurs parents et observaient attentivement les femmes de leur entourage et même de ses émois face à son cousin Jan.


Corps est sobre!

Un style dépouillé, froid, des phrases courtes, une syntaxe"moderne" débarrassée de la ponctuation et des négations . 

 

Corps est "presque"!

Presque bien, presque intéressant. Un livre à la fois décevant et attirant. Il ne remplit pas ses promesses, et l'ennui n'est pas loin, certains passages manquent totalement d'intérêt, les réflexions ne sont pas assez poussées. Le style ne permet pas aucune empathie. A la fin du livre, a-t-il vraiment commencé? Pourtant de belles pages sauvent l'ensemble. Presque!

 

L'éditeur a-t-il fait son travail?

 

Le corps est la dernière chose qui nous reste. Le corps est la première et la dernière chose, de la naissance à la mort on a le même. Il ne change pas quoi qu'on en dise. Ne croyez pas ceux qui disent le corps change. Il change pas. C'est le nôtre malgré ce qu'il a vu, subi, même si c'est un autre, c'est malgré tout le même de la naissance à la mort.

(     )

Comme toujours Else retourne à la commode, ouvre un autre tiroir que celui des bas et de la combinaison, en retire un foulard de mousseline qu'elle attache en capeline à son cou. Elle attrape aussi une autre démarche quand elle se déhanche, elle exagère je trouve. Personne ne marche comme ça à la ferme. Les dix centimètres de talon lui donnent le droit, avec l'autre vision du monde vient une autre langue où on ne dit plus "on" mais "l'on". "Il faut que l'on songe à s'en aller". On peut quitter la ferme grâce à une simple apostrophe.

(     )

Arrête le gloss, arrête les caleçons. C'est fini tout ça Ludmilla, ce n'est plus pour toi. Une femme est belle quand elle est dans la vérité de son corps, cette personne lui dirait. La vérité de son corps, cette personne lui dirait. La vérité du corps est une coïncidence entre les années et la matière de la chair, entre l'extérieur et l'intérieur.


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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 10:34

Une année chez les Français Julliard, août 2010

       Coup de coeur.

Sélection des prix Goncourt et Renaudot 2010.

Un petit lutin se présente devant la loge du lycée Lyautey à Casablanca, avec une valise marron à poignée blanche, un peu cabossée et accompagné de deux dindons. C’est le début d’une année riche en émotions, en apprentissages pour ce minuscule Marocain  malingre de 10 ans, bénéficiaire d’une bourse, qui vivra un double choc culturel : celui d’un enfant du bled propulsé en ville et celui d’un Marocain dans un lycée français.


Mehdi Khatib, timide, effacé, solitaire, tremble de ne comprendre ni les adultes ni ses camarades, se surprend à dire des choses qui lui échappent, excelle notamment en mathématiques et français et lit de manière compulsive. D’abord effrayé et dépaysé, il s’habitue peu à peu, murit, s’intègre, se révèle même à l‘atelier théâtre (un des meilleurs passages) et continue à lire avec passion. Mehdi rédige une composition dans laquelle il s’invente des vacances en se basant sur des expressions lues et aimées, il tue (en rêve), il ose corriger la faute de français de son surveillant, il cherche à comprendre par déduction le sens d’un mot, il est émerveillé par le cadeau d’un livre de La Fontaine, il se découvre « Maure » en jouant Le Cid, il découvre le sens profond du mot  « solitude », il souhaite que Monsieur Berger lui prenne la main, il se réjouit de revenir dans sa famille où il se sent accepté.


Fouad Laroui décrit avec beaucoup de sensibilité et de drôlerie les quiproquos, les moqueries, voire certains relents racistes, d’une écriture vive, joyeuse, parfois cocasse sans jamais juger. Les deux langues, qui forment la double culture de Mehdi, colorent le récit et l’ancrent dans la réalité. L’imagination galopante de Mehdi, nourrie de ses lectures, l’amène à mêler les évènements à ses rêveries, pour le plus grand plaisir du lecteur.


Dès les premières pages de cet « ouvrage de fiction » (précision de l’auteur qui a lui-même étudié dans ce lycée), j’ai été conquise. Un grand coup de cœur pour ce livre !


C'était, semble-t-il, une femme; une femme très grande, très grosse, à la face bouffie, bourrelée, à la poitrine en forme de bouclier brandi, aux cheveux noirs retenus en chignon; une femme, certes, contenue à grand-peine dans une tunique blanche qui menaçait d'éclater de tous les côtés. Même de face, on pouvait voir que la géante disposait d'un derrière immense, monumental, parfaitement capable d'écrabouiller les touts-petits si d'aventure elle s'asseyait sur eux. Elle portait des petites lunettes aux verres très épais, de vrais fonds de bouteille qui semblaient faits d'une infinité de ronds concentriques. Mehdi n'avait jamais rien vu de tel.

C'était une ogresse!

L'ogresse cria d'un ton joyeux:

-Voilà le premier! C'est parti!

Elle allait le dévorer.

(     )

Pour toute réponse, Dieu fit fienter une mouette, volant haut dans l'azur, et le jet blanc poisseux passa à quelques centimètres de Mehdi qui le vit s'écraser sur le sol en une flaque minuscule.

-Raté, pensa-t-il.

Mehdi 1, Dieu 0.


(     )

Raconter cela? Il prit son stylo Bic bleu, en posa la pointe sur la première ligne et les mots vinrent d'eux-même, comme des petits affamés se répandant dans un réfectoire après qu'on eut ouvert les portes. Il ne savait pas vraiment ce qu'il écrivait - ce devait être les vacances d'un autre. Mais mille mots emmagasinés pour leur sonorité chatoyante, mille expressions d'autant plus séduisantes qu'il ne les comprenait qu'à demi, se bousculaient dans sa tête en criant:

-Moi, moi, moi!

Généreux, il leur fit à tous de la place, il réussit à les agencer tant bien que mal dans son récit: "les grandes chaleurs de l'été", "les éclaboussures de l'eau" (ce qui orienta sa rédaction vers des vacances passées au bord de la mer), "le clapotis des vagues contre les rochers", puisqu'on était dans une "station balnéaire" -expression qu'il avait déchiffrée sur un panneau, un jour, et qu'il fut très heureux de pouvoir resservir, même s'il se demandait ce que "balnéaire" signifiait. Il faillit introduire un "bal" dans l'histoire mais se ravisa: il ne connaissait que la valse (que le mot "valse") et il n'était pas sûr qu'on valsait à ... Où , en fait? Où se déroulaient ses vacances?


(     )

Et soudain, une sensation atroce s'empare de lui. Il se voit seul mais, pour la première fois, ce n'est plus un vague adjectif, un état transitoire (une pause, du repos...), voire une bénédiction (seul sur la terrasse quand tout le monde s'agite en bas...); cette fois-ci, tout a disparu, tous les adjectifs, tous les mots, tous les états, il n'y a plus d'avant ni d'après, le temps est aboli, il n'y a plus que ça: seul.

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 23:20

Kayro JacobiMercure de France, coll. « Bleue », Paris, 2010.

 

Sélection du prix des lecteurs des Ecrivains du Sud 2011


Paula Jacques a su inventer un univers autour d'un monde et une époque méconnus: les juifs en Egypte dans les années 56-57. Le héros, Kayro Jacobi, est un juif dans un monde arabe qui le devient de plus en plus, un capitaliste dans un monde qui devient communiste, un homme à la charnière de deux mondes.

Personne n'était capable d'arrêter la machine administrative des spoliations et des nationalisations des entreprises juives. C'était impossible. L'Egypte ne voulait plus de ses juifs. Les Egyptiens voulaient être un peuple qui vit seul sur sa terre. Et de ce fait, avec ou sans le concours de l'avocat El Moustagui, la cause de Kayro Jacobi était entendue d'avance: il se soumettrait, il partirait, ou alors il irait en prison. Peut-être ne l'ignorait-il pas lui-même. Peut-être au fond, et malgré ses tirades guerrières, le patron avait-il abdiqué l'espoir. Peut-être se préparait-il déjà, dans un coin de sa conscience, à l'abandon inéluctable des studios de la Kayro Films.


La structure romanesque est extrêmement travaillée et constitue la grande réussite de ce roman.

Le passé est mis en scène par une narration classique, racontant l'histoire d'un producteur de cinéma. Par ailleurs, le présent éclaire le passé: les survivants présentent leur vision des faits quelque 50 ans après, grâce à des témoignages que l'on sent presque arrachés. L'histoire est ainsi revisitée 50 ans après par des personnes qui ont 50 ans de plus et qui ont encore plus de chagrin d'avoir été chassés d'Egypte!

Comment? Non, non. Ca suffit. J'arrête, je raccroche si vous continuez. Ce n'est pas permis, dites-moi, vous comprenez le français? On ne le dirait pas, madame, on ne dirait pas que le mot pudeur, tact, respect of privacy, ça existe dans votre langue.

Non, madame, ça commence à m'énerver que vous soyez toujours sure de savoir avant moi ce que je vais dire ou ne pas dire.


L'auteure , dans un entretien à Paule Constant aux Ecrivains du sud, se décrit comme un écrivain de l'oralité. "J'entends les personnages parler, je ne les vois pas, j'entends leur incrédulité face à ce qui leur arrive." Beaucoup de dialogues rythment le récit; les témoignages des survivants sont mis en valeur par la suppression des questions de la journaliste.


Le sujet est un innocent, rattrapé par l'Histoire, face à son destin. Un innocent amoral, qui ment, qui trompe, qui bling-blingue avant l'heure, mais un innocent balayé par l'Histoire.

Le cinéma égyptien des années 40-60 était rayonnant, une industrie importante. Cette histoire est inspirée de celle d'un grand producteur, rattrapé par l'antisémitisme et l'anticapitalisme, chassé d'Egypte, condamné à l'exil en Italie pour sauver sa vie, qui dut abandonner tous ses films derrière lui et ne put plus jamais en tourner un seul. Le personnage du roman veut bien mourir en tant qu'homme mais pas en tant qu'artiste.

Une fois, en rangeant des papiers épars sur le bureau de son patron, Raymond tomba sur une page remplie tout du long d'une seule et même phrase, au tracé obsessionnel.

J’ai réalisé trente-deux films,

Que suis-je ?

J’ai réalisé trente-deux films,

Que suis-je ?

J’ai réalisé trente-deux films,

Que suis-je ?

Et ainsi de suite du haut en bas de la page.

Puis, un matin, il y eu la visite des dératiseurs.


L'auteure se sert de faits réels , comme lorsque Hollywood débarque pour tourner "La terre des Pharaons" réalisé par Howard Hawks qui sera interdit par Nasser pendant 5 ans. 

Ce serait un grand honneur pour moi et un immense plaisir de vous servir de guide, d'interprète et d'encyclopédie ambulante. Puis-je vous demander comment vous est venu l'idée de me contacter? C'est flatteur mais j'ai peine à croire que ma personne et mes films soient connus à Hollywood. Si? ils le sont?

(     )

Louons ici l'honnêteté intellectuelle de Harry Kurnitz. Pour lui, hélas, les conceptions occidentale et orientales du cinéma différaient de façon aussi radicale que le paisible cours du Nil et les chutes du Niagara. Kayro eut le coeur écorché par les vérités proférées sans méchanceté, avec humour par-dessus le marché -voilà le plus blessant-, par celui qu'il tenait pour un expert en la matière.


J’ai aimé le sujet du livre : comment réagit un innocent face à la tourmente de l’Histoire.

J’ai aimé que le héros refuse son sort, se débatte contre toute évidence, qu’il soit assez peu sympathique, ce qui rend sa lutte plus émouvante.

J’ai aimé l’époque et la situation : un juif en Egypte face à la montée de l’antisémitisme. J’ai par contre moins senti la montée du communisme incarnée par les deux sœurs de Kayro.

J’ai aimé découvrir le cinéma égyptien, la description des films, des ambiances.

J’ai aimé l’improbable amitié liée à la venue des cinéastes hollywoodiens de « Terre des pharaons ». Cependant les dialogues entre les deux amis m’ont souvent paru lourds et laborieux.

J’ai aimé et particulièrement aimé que le récit soit entrecoupé des interviews des survivants, quelque 50 ans après, purgé des questions. Les souvenirs et les perceptions de chacun ont forcément évolué.

Alors pourquoi, avec autant d’éléments passionnants, ce roman m’a-t-il laissée sans réactions ? Ce qui m’a dérangée pendant tout le roman, c’est mon impassibilité face à ces horreurs : est-il possible de se retrouver de marbre devant le drame des juifs égyptiens spoliés, chassés de chez eux ? J’ai lu ce roman de manière très hachée, ce qui a certainement nuit à ma concentration mais au final je pense que ce récit est un roman intéressant, mais pas un bon roman.

J’attends son adaptation au cinéma : il y a de quoi faire un excellent scénario.

Les droits d'adaptation pour le cinéma sont d'ores et déjà achetés.


L'auteure

Co-animatrice de l'émission L'Oreille en coin.

Créatrice de Pentimento ou l'enfance de l'art.

Productrice et animatrice de Cosmopolitaine (depuis 1999).

Membre du jury du prix Fémina depuis 1996.


Bibliographie

Lumière de l'oeil, Mercure de France, 1980. 

Un baiser froid comme la lune, Mercure de France, 1983.

L'héritage de tante Carlotta, Mercure de France.

Déborah et les anges dissipés, Mercure de France, 1991. Prix Fémina.

La descente au paradis, Mercure de France, 1995.

Les femmes avec leur amour, Mercure de France, 1997.

Gilda Stambouli souffre et se plaint..., Mercure de France, 2002. Prix Europe 1Prix Nice Baie des Anges.

Rachel-Rose et l’Officier Arabe, Mercure de France, 2006. 

 

 

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 08:00

 

Giono Logo NB petit 2-1Le prix sera remis lors des journées des Ecrivains du Sud, 1 et 2 avril 2011. 


Kayro JacobiPaula Jacques. Kayro Jacobi, juste avant l'oubli, Mercure de France


Mémoires de la jungleTristan Garcia. Mémoires de la jungle., Gallimard 

OuraganLaurent Gaudé, Ouragan, Actes Sud

Corps 2 Fabienne Jacob. Corps, Buchet-Chastel

     Le Callet la-ballade-lila-k     Blandine Le Callet. La ballade de Lila K., Stock

Les chagrins Judith Perrignon. Les chagrins, Stock

Que font les rennes après NoëlOlivia Rosenthal, Que font les rennes après Noel ?, Verticales

37ème prix du livre Inter 2011. Prix Alexandre Vialatte 2011.

La tête en arrièreViolaine Schwartz, La tête en arrière, P.O.L

Le testament d'OlympeThomas Chantal, le testament d’Olympe, Seuil 

 


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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 12:00

 La chute. Albert Camus Camus, La chute. 1956.


 

J’arrivais à mes  fins à peu près quand je voulais. On me trouvait du charme, imaginez cela ! Vous savez ce qu’est le charme: une manière de s’entendre répondre oui sans avoir posé aucune question claire…

 Je n’y mettais, cependant aucun calcul; j’étais de bonne foi, ou presque. Mon rapport avec les femmes était naturel, aisé, facile comme on dit. Il n’y entrait pas de ruse, ou seulement celle, ostensible, qu’elles considèrent comme un hommage. Je les aimais, selon l’expression consacrée, ce qui revient à dire que je n’en ai jamais aimé aucune. J’ai toujours trouvé la misogynie vulgaire et sotte, et presque toutes les femmes que j’ai connues, je les ai jugées meilleures que moi. Cependant, les plaçant si haut, je les ai utilisées plus souvent que servies. Comment s’y retrouver ?

(     )

Seulement, mes élans se tournent toujours vers moi, mes attendrissements me concernent. Il est faux, après tout, que je n’aie jamais aimé. J’ai contracté dans ma vie au moins un grand amour, dont j’ai toujours été l’objet.

(     )

Dans tous les cas, ma sensualité, pour ne parler que d’elle, était si réelle que, même pour une aventure de dix minutes, j’aurais renié père et mère, quitte à le regretter amèrement. Que dis-je, surtout pour une aventure de dix minutes, et plus encore si j’avais la certitude qu’elle serait sans lendemain. J’avais des principes, bien sûr, et par exemple, que la femme des amis était sacrée. Simplement, je cessais, en toute sincérité, quelques jours auparavant, d’avoir de l’amitié pour les maris.


Jean-Baptiste Clamence, avocat parisien est fier de lui, de sa réussite professionnelle et amoureuse, entièrement centré sur lui-même et ses plaisirs égoïstes.

Je n'étais concerné par aucun jugement, je ne me trouvais pas sur la scène du tribunal, mais quelque part, dans les cintres, comme ces dieux que, de temps en temps, on descend, au moyen d'une machine, pour transfigurer l'action et lui donner son sens.


Un soir, devant l'épreuve, il ne fait preuve d'aucun courage ni d'esprit d'initiative, en ne portant pas secours à une jeune femme sur le point de se noyer.

ce cri qui, des années auparavant, avait retenti sur la Seine, derrière moi, n'avait pas cessé, porté par le fleuve vers les eaux de la Manche, de cheminer dans le monde, à travers l'étendue illimitée de l'Océan, et qu'il m'y avait attendu jusqu'à ce jour où je l'avais rencontré. Je compris aussi qu'il continuerait de m'attendre sur les mers et les fleuves, partout enfin où se trouverait l'eau amère de mon baptême. Ici encore, dites-moi, ne sommes-nous pas sur l'eau ? Sur l'eau plate, monotone, interminable, qui confond ses limites à celles de la terre ? 


Alors commence sa chute. Domicilié à Amsterdam, ville omniprésente dans le récit,il revoit peu à peu tous les évènements noirs ou peu glorieux de son passé, son égoïsme effréné, sa vanité. Se réfugiant dans le vice pour fuir ces pensées insoutenables, il n'en continue pas moins sa descente aux enfers et prend conscience de son manque d'humanité.

Amsterdam endormie dans la nuit blanche, les canaux de jade sombre sous les ponts neigeux, les rues désertes, mes pas étouffés, ce sera la pureté, fugitive, avant la boue de demain.


"Juge- pénitent", voilà comment dorénavant il se présente. Il avoue sans complaisance ses fautes -que chacun pourrait avoir commises- avant d'impliquer son interlocuteur et devenir juge à son tour. Ainsi chacun deviendra "libre".

Je conviendrai avec vous, malgré votre courtois silence, que cette aventure n'est pas très reluisante. Songez pourtant à votre vie, mon cher compatriote ! Creusez votre mémoire, peut-être y trouverez-vous quelque histoire semblable que vous me conterez plus tard.


Cette confession en 6 parties ne comporte qu'un seul point de vue, qu'une seule voix, celle de Jean-Baptiste Clamence, prêchant tel un disciple des temps modernes sa doctrine de mise en accusation de l'humanité. Cette particularité rend la lecture monotone, hypnotique, favorise l'enfermement dans une ambiance sombre et froide.


Je préfère lire lentement, par petits bouts, pour ne pas être tentée de lire en diagonale et rater les références religieuses, les comparaisons entre Paris et Amsterdam, la peinture sociale.

 

Un an après la parution de La chute, Albert Camus recevait le prix Nobel de Littérature pour son oeuvre qui « met en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes».



 A la rencontre de Camus.

Noces à Tipasa. Albert Camus.

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 14:00

livres-3004.JPG    Hachette littératures, novembre 2008.

 Un texte inédit en livre de Perec, paru en 1968 dans une revue. En digne membre de l'OULIPO (1), il s'impose une contrainte génératrice; il commence par un organigramme , communiqué par son ami Jacques Perriaud, mathématicien.

(1) Ouvroir de littérature potentielle. Queneau, Le Lionnais. link


livres 3006

Puis, le texte reprend cet organigramme, toutes ses possibilités, tous ses retours en arrière, toutes ses impossibilités avec de menues variantes. C'est la mise bout à bout linéaire de toutes les variations en une seule phrase, sans ponctuation, de 81 pages! Excellent!

Ayant appris ce texte pour le théâtre, j'ai constaté qu'il est plus complexe qu'il n'y parait. Au début, la séquence "faire le tour des différents services dont l'ensemble constitue tout ou partie de l'organisation qui vous emploie" est répétée 7 fois. Puis , certains mots changent et l'ensemble évolue: qui vous emploie/ vous utilise/ vous exploite/ vous rénumère/ dont vous n'êtes pas l'un des plus beaux fleurons/ où vous perdez le plus clair de votre temps/ à laquelle vous devez tout, etc... et l'on peut compter 20 différentes façons de définir cette entreprise. Perec est bien un magicien des mots !

 


Incipit 

Ayant mûrement réfléchi ayant pris votre courage à 2 mains vous vous décidez à aller trouver votre chef de service pour lui demander une augmentation vous allez donc trouver votre chef de service disons pour simplifier car il faut toujours simplifier qu’il s’appelle monsieur Xavier c’est à dire monsieur ou plutôt monsieur x donc vous allez trouver monsieur x là de 2 choses l’une ou bien monsieur x est dans son bureau ou bien monsieur x n’est pas dans son bureau si monsieur x était dans son bureau  il n’y aurait apparemment pas de problèmes mais évidemment monsieur x n’est pas dans son bureau vous n’avez donc qu’une chose à faire guetter dans le couloir son retour ou son arrivée mais supposons non pas qu’il n’arrive pas en ce cas il finirait par n’y avoir plus qu’une seule solution retourner dans votre propre bureau et attendre l’après-midi ou le lendemain pour recommencer votre tentative mais chose qui se voit tous les jours qu’il tarde à revenir en ce cas le mieux que vous ayez à faire plutôt que de continuer à faire les cent pas dans le couloir c’est d’aller voir votre collègue mlle y que pour donner plus d’humanité à notre sèche démonstration nous appellerons désormais mlle Yolande mais de 2 choses l’un ou bien mlle Yolande est dans son bureau ou bien mlle Yolande n’est pas dans son bureau si mlle Yolande est dans son bureau il n’y a apparemment pas de problème mais supposons que mlle Yolande ne soit pas dans son bureau en ce cas étant donné que vous n’avez pas envie de continuer à faire les cent pas dans le couloir en attendant l’hypothétique retour ou l’éventuelle arrivée de mr x une seule solution s’offre à vous faire le tour des différents services dont l’ensemble constitue tout ou partie de l’organisation qui vous emploie puis retourner chez mr x en espérant que cette fois il est arrivé or de 2 choses l’une ou bien mr x est dans son bureau ou bien mr x n’est pas dans son bureau admettons qu’il n’y soit pas donc vous guettez son retour ou son arrivée en faisant les 100 pas dans le couloir oui mais supposons qu’il tarde à arriver en ce cas vous allez voir si mlle Yolande est dans son bureau de 2 choses l’une ou bien elle y est ou bien elle n’y est pas si elle n’y est pas ce que vous avez de mieux à faire c’est le tour des différents services dont l’ensemble constitue tout ou partie de l’organisation qui vous emploie mais supposons plutôt qu’elle y soit dans son bureau mlle Yolande en ce cas de 2 choses l’une ou bien mlle Yolande est de bonne humeur ou bien mlle Yolande n’est pas de bonne humeur supposons pour commencer que mlle Yolande ne soit pas mais alors pas du tout de bonne humeur en ce cas sans vous décourager faites le tour des différents services dont l’ensemble constitue tout ou partie de l’organisation qui vous emploie puis vous retournez chez mr x en souhaitant qu’il soit arrivé or de 2 choses l’une ou bien mr x est dans son bureau ou bien mr x n’est pas dans son bureau est-ce que vous êtes dans votre bureau vous non alors pourquoi voudriez- vous que mr x  soit dans le sien peut-être est-il dans votre bureau à vous avec l’intention de vous passer un savon quand vous reviendrez ou peut-être est-il en train de faire les 100 pas devant le bureau de son chef à lui qui s’appelle zosthène et que nous conviendrons désormais d’appeler mr z (     ) 


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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:35

Les heures souterraines     JC Lattès. Mai 2009


 Après No et moi (prix des Libraires 2008), Delphine de Vigan raconte la lente et implacable chute de deux personnes, isolées et solitaires au sein de la grande ville. Pour l'une, il s'agit d'un harcèlement moral dans l'entreprise , pour l'autre l'agonie d'une histoire d'amour. L'auteur nous entraîne dans leur sillage avec émotion et justesse, sans pathos. Seule la fin me laisse un goût d'inachevé, même si la conclusion ne pouvait être autre.

Dernière sélection prix Goncourt 2009.

Extraits

Aujourd'hui, le 20 mai, parce qu'elle est arrivée au bout, au bout de ce qu'elle peut supporter, au bout de ce qu'il est humainement possible de supporter. C'est écrit dans l'ordre du monde. Dans le ciel liquide, dans la conjonction des planètes, dans la vibration des nombres. Il est écrit qu'aujourd'hui elle serait parvenue exactement là, au point de non retour, là où plus rien de normal ne peut modifier le cours des heures, là où rien ne peut advenir qui ne menace l'ensemble, ne remette tout en question. Il faut que quelque chose se passe. Quelque chose d'exceptionnel. Pour sortir de là. Pour que ça s'arrête.

(      )

Il a longtemps cru que la ville lui appartenait. Sous prétexte qu'il en connaissait la moindre rue, la plus petite impasse, les dédales insoupçonnables, le nom des nouvelles artères, et ces quartiers surgis de nulle part aux abords de la Seine. Il a plongé ses mains dans le ventre de la cité, au plus profond. Il connaît les battements de son coeur, ses douleurs anciennes que l'humidité réveille, ses états d'âmes et ses pathologies. Il connaît la couleur de ses hématomes et le vertige de sa vitesse, ses sécrétions putrides et ses fausses pudeurs, ses soirs de liesse et ses lendemains de fête. Il connaît ses princes et ses mendiants.

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