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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 10:45

 Chantal Robillard

 

 

 

 

 

A moi, conte, deux mots! 

Viens ici dans ma comptine, 

que je te grime,

(     )

                        Ch R.  

 

 

 

 

 


Les sept fins de Blanche-neige  Les sept fins de Blanche-Neige est réédité en poche.

  couv-BN-7-fins-2eme-edition-copie-1 Le Verger éditeur, 3 juin 2011.

 

 

   Chantal Robillard réécrit les contes de fées. Et imagine 7 fins pour une Blanche-neige sans nains! 

C'est délicieux, délectable, savoureux, drôle et tendre, un peu cynique parfois aussi, inventif. 

Les contes sont très différents et nous proposent une relecture contemporaine de ces grands classiques, maintes fois revisités.

En ouvrant son cercueil, Blanche-Neige se libère de son destin et échappe à ses créateurs, refuse un prince-escargot, rencontre 7 paladins et 7 oulipiens, voyage dans le temps, engendre des gemelles, disparaît sous un éboulement et cherche toujours son prince. 

A découvrir pour tout amoureux des mots, pour toute âme d'enfant.

A lire et à relire!



Mais point comme l'oie

Quelque chose clochait. Aucune parole tendrement chuchotée à son oreille. Aucun hennissement de cheval, s'ébrouant impatiemment sous les bouleaux. Rien de ce qu'elle avait prévu n'advenait.

(     )

; tout autour, des nains en céramique de couleurs vives, sans doute criardes sous le soleil...

(     )

Parvenue au fond du paysage, elle souleva délicatement un coin d'herbe tendre. Le sourire aux lèvres, elle disparut sans bruit, vers de nouvelles aventures, dans le blanc de la page.


Le blues du millénaire

La surprise la cloua sur place. Ce n'étaient point les nains, qui étaient assis autour de la grande table familière, mais sept hommes inconnus, aux costumes étranges, armés de plumes, de petits feuillets de parchemin et de grosses chopes de bière. Elle en resta bouche bée.

- "Pérec éméché, sème le vent et prélève ses tempêtes. En sept lettres et en cent, le texte, c'est le pèse-lettres!"


Le couvige allait bon train

A ce moment précis, un bip bip retentit dans la poche de sa combinaison spatiale. C'était la base de la Naine Blanche numéro sept, qui appelait pour un rapport complet sur la situation.

-Village inconnu du centre de la France... Toutes premières années du siècle vingtième , de leur ère. Grande pauvreté. Toujours pas de prince en vue...


Légende de Belle-Chenenge et les sept merles

D'emblée, elle perd ses repères: près des chênes et des mélèzes, elle est enserrée en espèce de tertre de verre, de fer et de cèdre. Spleen. Ecervelée, perd-elle ses défenses? Trêve de pensées revêches, elle ne se berce de regrets, sevrée de ses rêves éternels.

 


En digne oulipienne [1], sous chaque conte, Chantal Robillard cache une clef. Certaines sautent aux yeux, comme Légende de Belle-Chenenge et les sept merles, d'autres non. Dans Le blues du millénaire, la bande de joyeux drilles oulipienne est composée de: 

Jacques Jouet, le plus jeune des 2 Jacques,

Jacques Roubaud, le plus vieux, parfois grincheux,

Paul Fournel, auteur du recueil Les petites filles respirent le même air que nous et de la notice Saint-Florent sur les colonnes du tram de Strasbourg, à la station Saint Florent,

Paul Brafford, compositeur-pianiste-chanteur-scientifique et gd ami de Pierre Dac et Francis Blanche, ses complices de blagues potaches sur ondes radio, dans le temps,

Harry Matthews, Américain,

Hervé Le Tellier, auteur d' Oh le petit roploplot sur les colonnes du tramway de Strasbourg, à propos du personnage d'Anna (l'une des trois séries oulipiennes sur les colonnes du tram),

et Marcel Bénabou,  professeur de latin grec en retraite.

Cette fine équipe a travaillé sur "Troll de tram", les textes oulipiens mis sur la ligne A du tramway de Strasbourg, (partenariat ville de Strasbourg et DRAC Alsace et donc avec Chantal Robillard dans le cadre du 1% culturel). Depuis, ils ont fait bien d'autres travaux collectifs ailleurs en France, dont un mur de la BU de Nanterre, des bancs publics. 

Cette quatrième Blanche-Neige est en outre en neige, et elle fond au sens propre à la fin : c'est la Snegourotchka des contes russes...

Dans Le couvige allait bon train, Chantal Robillard brode un délicat hommage à son ancêtre dentellière.

 

 Voir mes autres billets:  La fontaine aux fées. Chantal Robillard.

Le sirène et la licorne. Chantal Robillard.   

Redonde au gamin têtu. Chantal Robillard.

 

blogs de Chantal Robillard

Blog sur les lectures et lectures-concerts :  http://dessagnesetrobillard.creation-partagee.over-blog.com/

Sur Venise : http://chantalrobillard.over-blog.com/

Sur le Maroc : http://maroc-poemes-de-voyage.over-blog.com/

Bio et bliographie de Chantal Robillard

http://www.m-e-l.fr/Chantal%20Robillard,463

 

[1] OULIPO : Ouvroir de littérature potentielle, créé en 1960 par Le Lionnais, Queneau et une dizaine d’autres. Un écrivain oulipien s’invente des contraintes d’écriture. C'est "un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir". Un labyrinthe de quoi? De mots, de sons, de phrases, de paragraphes, de chapitres, de livres, de bibliothèques, de prose, de poésie, de tout ça...

Plus d’infos : link

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 09:42

Perrignon-Joly Les Arènes, 6 mai 2011

 

Le précédent livre de Judith Perrignon, Les chagrins m'a tellement plu que je vais désormais lire toutes ses parutions. Cependant, elle n'est pas encore une auteure très connue. Naïve que je suis, j'ai été étonnée de la voir annoncée sur le plateau d'On n'est pas couchés. Curieuse, je ne me suis donc pas couchée!

 Or, son nouveau livre est écrit en collaboration avec Eva Joly. Celle-ci étant candidate aux primaires d'Europe écologie-les Verts, toute activité la concernant intéresse forcément les médias. Toutes les deux étaient donc présentes sur le plateau, l'une pour parler d'écologie, l'autre de la sortie de leur polar commun.


 

LR: Comment on écrit à quatre mains?

JP: On a imaginé et scénarisé le livre ensemble, l’écriture pure, devant l’ordinateur, c’est moi, puisque c’est mon métier, mais avec Eva, on se voyait régulièrement (     ), elle a une telle expérience (     ) on pense aux écoutes à tous ces systèmes de surveillance et je suis très néophyte là-dedans (     ). Ce livre est un roman, c’est fait de détails, de gestes, de regards et il y a des choses qu’on n’invente pas quand on ne les a pas vécues.

 

LR: C'est embarrassant ou pas que ce livre sorte au moment où madame Joly est en campagne?

JP: Je ne sais pas…. J’aimerais qu’on arrive à parler du livre… on l’avait commencé avant et on a été ensuite un peu prisonnières du calendrier politique.


LR: Vous auriez pu attendre la rentrée, qui sait ? , c’est peut-être monsieur Nicolas Hulot qui…

JP: Je n’ai pas envie de miser sur la défaite d ‘Eva !

 

 

En résumé,

Nauleau a aimé le livre: 

Du point de vue littéraire, pas mal du tout, bien ficelé, ça soutient la comparaison avec certains spécialistes du genre et c’est une bonne idée d’avoir situé une partie de l’action aux îles Féroé. Très belle scène dans le métro, ça pourrait faire un film très efficace. 

Zemmour est mitigé:

Les polars m’emmerdent mais je relativise mon emmerdement : le sujet me passionne. C’est l’envers de la mondialisation, la mondialisation réelle telle qu’elle est dans la réalité : les mafias, la violence des mafias russes etc..

Giesbert conclut sur une boutade à l'adresse de madame Joly:

Formidable, très très bien écrit, on est pris par l’histoire et je ne souhaite qu’une chose : Lâchez cette campagne présidentielle et faites-en d’autres, FAITES-EN D’AUTRES!

 

Lire aussi:

Judith Perrignon. Les chagrins.

Sélection du prix des lecteurs des Ecrivains du Sud 2011




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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 21:39

Perrignon-JolyLes Arènes, 6 mai 2011

 

Lors d'une rencontre aux Ecrivains du Sud, pour son excellent roman  Les chagrins.  (Stock, août 2010), Sélection du prix des lecteurs des Ecrivains du Sud 2011 , la journaliste et écrivain Judith Perrignon avait annoncé qu'elle écrivait un nouvel ouvrage en collaboration avec Eva Joly, "une femme qui a des choses à dire".

Il s'agit d'un polar entre roman d'espionnage et polar politique sur la corruption d'état. Si je suis à-priori assez peu tentée de lire Eva Joly, Judith Perrignon possède une plume magnifique et je suis fort curieuse de découvrir le résultat sûrement peu banal de leur rencontre .

 

 

 


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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 00:48

Le Prix des lecteurs des Ecrivains du sud 2011 est attribué à 

Le Callet la-ballade-lila-kBlandine Le Callet. La ballade de Lila K.

 

Voir le résumé : Blandine Le Callet. La ballade de Lila K.

Voir Blandine Le Callet. Entretien aux Ecrivains du sud.

Voir la  Sélection du prix des lecteurs des Ecrivains du Sud 2011



Giono Logo NB petit 2-1


Le Prix des Lecteurs des Écrivains du Sud

est un prix littéraire organisé par Le Centre des Ecrivains du Sud – Jean Giono

à Aix en Provence


Il récompense un roman de la rentrée littéraire, que son auteur est venu présenter à l’Institut d’Etudes Françaises  au cours d’une Master class ou d’un Entretien.

Ces rencontres de 2 heures sont ouvertes à tous, sur inscription. Elles sont passionnantes du fait de la proximité entre les auteurs et le public, la décontraction et la sincérité. 


Le Jury, présidé par Paule Constant *, est composé d’une centaine de personnes: étudiants de l’Institut d’Études pour Étudiants Étrangers, et public des Entretiens et Master Classes organisés par le Centre des Ecrivains du Sud – Jean Giono. 

 

Paule Constant . Prix Goncourt 1998. Confidence pour Confidence.

 


Un long extrait terrifiant lors de l’arrivée de l’enfant traumatisée au Centre où on la soigne physiquement après l’avoir arrachée à sa mère et où les « Etroits » tentent de la réadapter.

 

Le Centre 

Quand je suis arrivée dans le Centre, je n'étais ni bien grande, ni bien grosse, ni en très bon état. Ils ont tout de suite cherché à me faire manger. Me faire manger, c'était leur obsession, mais c'était trop infect. Chaque fois qu'ils essayaient, je détournais la tête en serrant les mâchoires. Lorsqu'ils parvenaient malgré tout à me glisser une cuillerée dans la bouche, je la recrachais aussitôt. Plusieurs fois j'ai vomi, de la bile et du sang. C'est écrit dans le rapport. 

Finalement, ils m'ont attachée sur mon lit, puis ils m'ont enfoncé une sonde dans le nez, et m'ont nourrie par là. On ne peut pas dire que c'était confortable, mais enfin, c'était mieux qu'avaler leurs immondices. 

Je ne supportais pas le moindre contact. C'est écrit en page treize : Hurle dès qu'on la touche. Juste après : Sédation. Sédation, ça veut dire injections d'anxiolytiques, sangles, et musique douce pour enrober le tout d'un peu d'humanité. 

Voilà comment ils sont parvenus à me faire tenir tranquille et à me trimbaler de service en service afin d'effectuer leurs batteries d'examens : ils m'ont palpée, auscultée, mesurée, pliée dans tous les sens. Ils m'ont planté des aiguilles dans le corps, ont branché sur moi des machines. Ils m'ont photographiée, aussi. Je pleurais sous les flashes. Alors ils m'ont donné des lunettes noires qui tenaient avec des élastiques, et je n'ai plus rien dit. 

Ils m'ont opérée des mains peu après. Mes doigts ont été séparés sans problème. Je n'ai pas de séquelles, seulement des cicatrices, très fines et nacrées, que je prends soin de cacher en serrant bien les poings, pour éviter les questions indiscrètes. 

Ils me gardaient la plupart du temps dans une pièce close maintenue dans la pénombre. Je flottais dans une sorte de torpeur, sans conscience du temps qui passe, et c'était aussi bien. 

Dès que j'émergeais du brouillard, j'appelais ma mère. Je ne savais rien dire d'autre, ama, ama, ama, des heures durant, dans l'espoir que cette mélopée, poursuivie sans relâche, finirait par me la ramener. 

Un monsieur est venu : Il faut que tu arrêtes d'appeler ta maman. Ta maman est partie. Est-ce que tu comprends ? J'ai fait oui de la tête. Tu es en sécurité ici. Tout ira bien, tu verras. Seulement, il faut que tu arrêtes d'appeler ta maman. Il parlait doucement, mais il y avait ses yeux, très froids, une sourde menace sous la douceur des mots. 

J'ai senti qu'il valait mieux ne pas les contrarier. Ils risquaient de faire du mal à ma mère si je n'obéissais pas. Alors, j'ai obéi : j'ai cessé de l'appeler, pas de penser à elle. Il me fallait bien ça pour supporter les bruits. 

Il en venait de partout, à l'assaut de ma chambre. Des chuchotements derrière la porte, et les gémissements des enfants enfermés dans les chambres voisines, comme des cafards sur mon visage, des mouches grignotant mes tympans. Même en remuant la tête, très fort de gauche à droite, je n'arrivais pas à m'en débarrasser. Ils s'accrochaient à moi, ils me mangeaient le crâne, sans jamais s'arrêter. 

J'aurais voulu me plaquer les mains sur les oreilles et me réfugier sous le lit, roulée en boule bien compacte. Cela m'aurait peut-être aidée à retrouver ce silence dense, tissé de bruits feutrés, qui me protégeait autrefois, quand j'étais allongée dans mon cocon obscur. Mais j'étais attachée, et bien trop épuisée pour faire autre chose que miauler faiblement comme un chaton perdu. 

Tous les après-midi, on me détachait du lit, et l'on me déposait dans un fauteuil roulant, que l'on poussait ensuite jusqu'à une grande cour, pour me faire prendre l'air. C'était terrible, à cause de la lumière qui me brûlait les yeux malgré mes lunettes noires, mais surtout à cause des hélicoptères. Ils patrouillaient en permanence au-dessus de la ville, à l'époque, vous vous souvenez sûrement. C'était quelques années après les événements ; le plan de sécurité était encore maintenu à son niveau extrême. 

La première fois, j'ai paniqué. Ama, ama, ama. Ils m'ont rapatriée fissa à l'intérieur : Tu te souviens de ce qu'on t'a dit ? Tu ne dois plus appeler ta maman. Tu ne dois plus l'appeler ! Je sentais à leur voix qu'ils n'étaient pas contents. J'ai pensé au monsieur qui était venu me parler, aux menaces qu'il y avait dans ses yeux. Je me suis ratatinée dans mon fauteuil. Ama. J'avais peur pour elle, et c'était encore pire que les hélicoptères. 

A partir de là, je me suis tenue à carreau. Dès que j'entendais au loin le bourdonnement sourd des gros frelons trapus, et leurs lourdes pales hachant l'air, je me bouchais les oreilles, et je me mordais la lèvre tout en fermant les yeux. Calme-toi, ce n'est rien. Ils nous protègent, tu sais. Ils vont bientôt partir. Je ne les écoutais pas. En secret, je priais ma mère, la seule à pouvoir étouffer le vacarme des monstres qui s'abattaient sur moi. 

Ma mémoire s'est brouillée, peu à peu - sans doute à cause de tous les calmants qu'on me faisait avaler. Ils me chiffonnaient l'esprit, insidieusement, effaçaient mon passé. Je me souvenais bien du moment où les hommes en noir nous avaient séparées - ça oui, je m'en souvenais -, mais au-delà, tout devenait confus. Un fatras d'impressions sans aucune cohérence. Au milieu, émergeait une vision précise, une seule - allez savoir pourquoi -, celle d'un square, avec un tourniquet chargé d'enfants. 

Je suis au milieu d'eux, bousculée par les grands. Je ris pourtant ; je m'amuse, emportée par le manège dont chaque tour me ramène l'image de ma mère, assise sur un banc avec d'autres femmes. Les autres femmes sont laides, la peau dévorée d'allergies, le sourire tout mangé de chicots. A côté d'elles, ma mère ressemble à une reine, un ange miraculeusement préservé de cette corruption. 

Pour ne pas l'oublier, je convoquais sans arrêt cette scène, le square, le tourniquet et le visage intact de ma mère. Mais cela n'a pas suffi : les calmants n'ont cessé de ronger ma mémoire ; mon ange s'est envolé chaque jour un peu plus haut. 

Tous les matins, quelqu'un venait me caresser, tantôt un homme, tantôt une femme. Durant plusieurs minutes, leurs doigts effleuraient le dessus de ma main, avant de glisser lentement vers ma paume sur laquelle ils se refermaient, sans serrer. Je me crispais dans mes sangles - c'était si dégoûtant. Mais je n'essayais pas de me débattre. Inutile de protester : j'étais à leur merci. 

Après la main, ils sont passés aux bras, aux épaules et au cou. Puis aux pieds, aux chevilles, aux mollets, aux cuisses. Des caresses, des massages, tantôt doux, tantôt vigoureux, qui me mettaient au bord de l'évanouissement. 

Au fil des mois, le dégoût s'est atténué. Je ne sais pas si c'est l'habitude ou la résignation, ou les deux à la fois. J'arrivais à me laisser toucher n'importe où, sans sursaut, sans révolte. Je n'étais plus la petite bête sauvage qu'ils avaient recueillie au début. J'étais devenue docile, pour ainsi dire apprivoisée. 

Mais le changement n'était que de surface : ma nature profonde est demeurée intacte. Malgré tous leurs efforts, et les séances de massage qu'ils m'ont imposées en traitement d'entretien année après année, ils ne sont pas parvenus à effacer la répugnance qui me fait frissonner chaque fois que l'on me touche. Ils n'ont pas aboli le réflexe qui me pousse encore aujourd'hui à éviter, autant que je le peux, le contact d'autrui. 

La sonde a fini par provoquer une irritation des muqueuses. Ils me l'ont retirée. Les tortures ont repris, les bouillons, les bouillies, les purées. Dès que je voyais s'approcher la petite cuillère, je sortais de ma torpeur, toutes griffes dehors. L'odeur des aliments annihilait l'effet des sédatifs. 

Je ne comprenais pas pourquoi ils s'acharnaient à me faire avaler toutes ces cochonneries. Ma mère était la seule à savoir ce que j'aimais. C'était tiède et moelleux, savoureux à pleurer. Lorsqu'elle oubliait la cuillère, je plongeais la main dans la boîte, et je mangeais avec les doigts. J'étais avide, j'étais goulue, je m'en mettais plein la figure. Cette odeur, cette douceur. Je n'arrêtais pas d'y penser, et cela rendait ma résistance encore plus acharnée. 

Mais je ne faisais pas le poids. Ils avaient des sangles, des écarteurs. Pas moyen de lutter contre ça. Dès qu'ils étaient parvenus à me faire avaler trois ou quatre cuillerées, ils complétaient par une perfusion de glucose vitaminé, et ils étaient contents, jusqu'à la prochaine fois. 

J'ai fini par céder ; je n'avais plus la force. Lorsqu'ils approchaient la cuillère, j'ouvrais la bouche spontanément, je mâchais, j'avalais. Plus d'écarteurs, plus de sangles, plus de mains pour me tenir la tête, m'appuyer sur le menton. Malgré mon dégoût, c'était un soulagement. 

J'ai repris de la vigueur et du poids. Je me suis requinquée. Dès que j'ai été capable de tenir seule assise, ils ont pu commencer la rééducation. Je ne savais plus ni parler, ni marcher, ni rien. Ils m'ont tout réappris. 

Je me souviens, l'orthophoniste avait mauvaise haleine, un chat mort dans la gorge. Dès le départ, ça a nui à nos relations. Lorsqu'elle ouvrait la bouche, elle m'envoyait ses miasmes en plein visage, et je devais serrer les lèvres pour bloquer les spasmes qui me retournaient l'estomac. Elle prenait ça pour de la mauvaise volonté, approchait un peu plus son visage du mien : Regarde comment je fais. Allons, regarde ! Et c'était encore pire. 

Les premiers temps, je me suis débattue. J'ai même essayé de la griffer, c'est écrit dans le rapport. Elle a été patiente. Ils lui ont proposé de m'attacher dans le fauteuil, mais elle n'a pas voulu. Elle a dit qu'il n'y aurait jamais de progrès si je n'étais pas consentante. Tout devait venir de moi, quand je me sentirais prête. Ça m'a plu, je dois dire - pour une fois que quelqu'un ne cherchait pas à m'attacher. Alors, j'ai décidé de faire un effort et de supporter l'odeur. 

L'adversité rend inventif, je crois. Au bout de quelque temps, j'ai trouvé la parade : chaque fois qu'elle me parlait, j'arrêtais de respirer. Bien sûr, il y avait toujours ce souffle tiède sur mon visage. Mais sans l'odeur, je pouvais tenir le coup. Ça a été le début d'une vraie collaboration entre nous. 

Il m'a fallu dix-huit mois de séances quotidiennes, un bon paquet d'apnées assorties de gros plans dégoûtants sur sa glotte, ses muqueuses, ses dents de porcelaine parfaitement alignées, mais j'y suis arrivée : j'ai réappris à parler, presque normalement. Il me reste un léger accent, dont personne ne sait définir l'origine, quelque chose de décalé dans le phrasé, la cadence. C'est très léger, j'en conviens, mais enfin, nettement perceptible, et bien que vous m'ayez toujours dit que vous aimiez ma façon de parler, j'ai remarqué que cela mettait certaines personnes mal à l'aise. 

Pour la marche non plus, ça n'a pas été simple, à cause du vertige qui s'emparait de moi dès qu'on me glissait dans le harnais. Suspendue à ces câbles, la tête si loin du sol, je perdais tout repère. Dès que les câbles commençaient à coulisser sur les rails au plafond, je me mettais à vomir. C'est normal, disait M. Takano, le kiné. Ne te décourage pas. Tu vas y arriver. 

Tous les après-midi, il me sanglait dans le harnais mobile, et il me trimbalait durant une heure ou deux, de gauche à droite et d'avant en arrière. Allez, vas-y. Appuie-toi sur tes jambes ! Je me laissais porter, totalement abrutie. Mes pieds touchaient le sol, mais mes jambes restaient molles. Entre moi et mon corps, je ne voyais pas le rapport. 

C'est tout de même devenu moins compliqué, à force. Les vertiges ont cessé, et les vomissements. Takano m'a félicitée. Il était soulagé, j'imagine, de ne plus avoir à tout nettoyer après chaque séance. Et moi, j'étais contente de lui faire ce plaisir. J'aimais bien Takano. Il avait le sens de l'humour, un mari, six enfants, et toujours plein d'histoires à raconter. 

Un jour, j'ai posé le pied par terre - je veux dire, je l'ai posé vraiment, en pressant bien avec la plante. J'ai senti un frisson remonter dans ma jambe, comme un choc électrique qui l'aurait réveillée. Takano a vu ma surprise. Il m'a encouragée. Vas-y. Pousse sur tes pieds ! J'ai fait ce qu'il disait. Un pas, comme un miracle. Puis un autre, timide, émerveillé. Et j'ai compris soudain que ce n'était pas une question de contrainte. Ce n'était pas un ordre auquel j'obéissais : je voulais marcher. Au plus profond de moi, je le voulais. Pour la première fois, leurs exigences rencontraient mes désirs. 

La marche a tout changé, le corps enfin debout, bien planté, tête droite. Après des mois passés à me laisser tripoter par des mains étrangères ou trimbaler vissée dans mon fauteuil roulant, je reprenais soudain possession de moi-même. Ma vie avait cessé d'être un flux continu d'événements absurdes. Elle retrouvait une forme, une cohérence. Je pouvais distinguer le jour de la nuit, le soir du matin, la veille du lendemain. Comme si je m'éveillais d'un long rêve morbide. 

A partir de là, je me suis organisée. Chaque jour, je m'exerçais aux apnées. C'était bon, à cause du vertige et de l'affolement du coeur que cela me procurait. Et c'était surtout très utile. Depuis que j'avalais mes repas sans respirer, je supportais bien mieux les aliments. Leur goût s'estompait, se muait en fadeur exquise, et même s'ils conservaient leur texture répugnante, ça n'avait rien à voir. 

Après le dîner, je restais seule dans ma chambre. Plusieurs fois, ils m'avaient proposé de rejoindre les autres, pour passer un moment avec eux avant d'aller dormir, mais j'avais refusé. Les autres me faisaient peur. Chaque jour, je les observais, depuis la salle de rééducation. Le nez contre la vitre, je les regardais jouer dans la cour principale, au pied du bâtiment. Et malgré la triple épaisseur de verre qui atténuait leur clameur, malgré les trente étages qui nous séparaient, eux et moi, je ne pouvais m'empêcher de frissonner. Je le savais, j'en étais sûre : je n'arriverais pas à vivre au milieu d'eux ; j'étais trop différente, et surtout, incapable de supporter les bruits dont résonnait l'espace, ces cris, ces rires, ces pleurs lointains, ces chuchotements la nuit, dans le couloir, tout ce monde vivant qui grouillait à ma porte. C'était trop effrayant. Jamais je ne réussirais à m'y habituer. 

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 00:45

 la-ballade-de-lila-k-188x300 Editions Stock. Septembre 2010.

 

 Coup de coeur. 

Prix des lecteurs des Ecrivains du sud 2011

Sélection du prix des lecteurs des Ecrivains du Sud 2011

Premier prix du livre numérique 2001 


Après Pièce montée, (en 2007: Prix des Lecteurs du Livre de Poche, prix Edmée de la Rochefoucauld de la première oeuvre, prix René Fallet du premier roman), satire caustique d’une certaine bourgeoisie, voici enfin le deuxième roman de Blandine Le Callet, qui sous le couvert de l’anticipation laisse apercevoir une critique des dérives la société contemporaine.

Un formidable et excellent, original et inquiétant roman.

Arrachée brutalement à sa mère, Lila K est placée dans une institution qui la soigne et l’éduque. Traumatisée, blessée, autiste, elle oublie alors tout de sa vie antérieure. Surdouée, elle surmonte ses traumatismes, parvient à se donner une apparente banalité pour mener à bien sa quête : elle veut retrouver sa mère et la mémoire. Elle est suffisamment fine pour faire croire aux « Etroits » qu’elle peut s’adapter à son/leur monde. Devenue technicienne numérique dans une bibliothèque (où les livres papiers sont interdits !), vivant dans cette société hyper - sécurisée et encadrée, truffée de caméras, elle réussit à passer dans la Zone, immense banlieue violente et désespérée …

Lila passe d’un sentiment à l’autre : l’univers sécurisé « intra-muros » la rassure mais contrôle aussi sa vie et ne lui laisse plus de liberté. La dualité des sentiments de Lila renvoie le lecteur à son propre cadre de vie. Faut-il choisir entre liberté et sécurité ?

La cité a toute sa place dans ce roman du début XXII siècle. Et si Lila, malgré ses réticences, parvient avec difficultés à s'adapter à cette société, celle-ci semble déjà familière au lecteur, malgré l’anticipation. Et c’est là tout le talent de l’auteure de nous faire appréhender ce monde pas si lointain que cela.  

 

Faut-il rajouter que j’ai dévoré ce livre ?


 

Extraits :

Après le dîner, je restais seule dans ma chambre. Plusieurs fois, ils m'avaient proposé de rejoindre les autres, pour passer un moment avec eux avant d'aller dormir, mais j'avais refusé. Les autres me faisaient peur. Chaque jour, je les observais, depuis la salle de rééducation. Le nez contre la vitre, je les regardais jouer dans la cour principale, au pied du bâtiment. Et malgré la triple épaisseur de verre qui atténuait leur clameur, malgré les trente étages qui nous séparaient, eux et moi, je ne pouvais m'empêcher de frissonner. Je le savais, j'en étais sûre : je n'arriverais pas à vivre au milieu d'eux ; j'étais trop différente, et surtout, incapable de supporter les bruits dont résonnait l'espace, ces cris, ces rires, ces pleurs lointains, ces chuchotements la nuit, dans le couloir, tout ce monde vivant qui grouillait à ma porte. C'était trop effrayant. Jamais je ne réussirais à m'y habituer.

(     ) 

On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s’interdit d’aller : derrière, il y a tous les monstres que l’on s’est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n’est pas vrai. Dès qu’on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu’on ne l’imaginait. Ils perdent consistance, s’évaporent peu à peu. Au point qu’on se demande, pour finir, s’ils existaient vraiment.

 

Lire aussi:  Blandine Le Callet. Entretien aux Ecrivains du sud. , le 9 décembre 2010. 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 00:00

Tous les Marseillais ont deux enfances: la leur et celle de Pagnol. Philippe Caubère.


livres 2992-copie-1         


Dictée de primaire

Ce matin-là, mon père décida qu'il était grand temps de couper les boucles blondes du petit Paul, qui réclamait depuis longtemps ce sacrifice.

"A l'école, disait-il, il y en a qui m'appellent la fille et moi ça ne me plaît pas."

(Il fut donc installé sur une chaise surmontée d'une petite caisse). On lui mit la serviette au cou, exactement comme chez le coiffeur. J'avais été chargé d'aller voler à la cuisine une casserole d'une taille convenable, et pour plus de sûreté, j'en avais pris deux.

Je lui mis la plus juste comme un chapeau, et j'en tins le manche : pendant ce temps, avec une paire de ciseaux, mon père trancha les boucles au ras du bord:( ce fut fait avec une rapidité magique, mais le résultat ne fut pas très satisfaisant, car ôtée la casserole,) la chevelure du patient apparut curieusement crénelée. ( Comme il réclamait le miroir, mon père s'écria: "Pas encore!")

Il tira alors de sa poche une tondeuse toute neuve, et dégagea la nuque fort habilement, (comme pour un condamné à mort, sur la couverture en couleurs du Petit Journal). Puis, avec un peigne et des ciseaux, il tenta d'égaliser les cheveux sur les deux côtés de la tête. Il y réussit assez bien , mais après un si grand nombre de corrections qu'elles ramenèrent leur longueur à zéro.


 

livres 2993

 

Vers 12/13 ans, je me souvenais encore de cette dictée, et avec mon premier argent de poche, j'ai acheté mon premier livre.

Ce fut un coup de foudre. J'ai découvert avec ravissement que le papa ne s'était pas arrêté à la tête de son fils mais qu'il s'était entraîné sur celle de sa fille! 

Tout mon argent de poche a été englouti et j'ai ainsi dévoré tout Pagnol.

Un amour inconditionnel.

 

 

Alors commença la féerie et je sentis naître un amour qui devait durer toute ma vie.

La Gloire de mon père. Marcel Pagnol.

 


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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 08:00

 joyeux anniversaire

 

 

Ce blogue a un an.

Pour cet anniversaire, je réponds enfin à ceux qui me l'ont demandé et je me prête à l'exercice intéressant et amusant et impossible de lister mes 10 auteurs favoris. 


Un livre et non pas un auteur, parce que c’est celui que je lis le plus, que j’ai le plus lu et que je lirai le plus, sans jamais me lasser : le dictionnaire. Et comme  "tricher n’est pas jouer",  il ne compte pas dans les 10! Cela dit, il n'y a pas 1 dictionnaire, mais de nombreux, de toutes sortes, sans oublier le dernier: Le dictionnaire amoureux des dictionnaires  d'Alain Rey, 990 pages, 1070 grammes!

En souvenir des premiers livres qu'une petite fille put lire seule, comme une grande, pour Les petites filles modèles, pour Le général Dourakine, entre autres : la comtesse de Ségur. Née Russe, Française par mariage.

Pour le premier livre acheté, puis le deuxième, le troisième et ainsi de suite jusqu’à dix-sept, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de titres disponibles à la librairie : Marcel Pagnol. Français et Provençal. 

Pour absolument tous ses livres et en particulier pour Les cavaliers, pour le personnage fascinant qu’il était : Joseph Kessel. Français d’origine russe. 

Parce qu’il suffirait d’avoir écrit Les racines du ciel, parce qu’il suffirait d’avoir écrit La promesse de l’aube, et qu’il a écrit les deux, et qu’il a en plus écrit L’éducation européenne, Les cerfs-volants et La vie devant soi : Romain Gary. Lituanien, naturalisé Français. 

Parce que la série historique Les rois maudits est  fascinante, qu’il a également co-écrit avec son oncle Kessel Le chant des partisans : Maurice Druon. Français. 

Parce qu’il est LE poète romantique. Parce qu’il a fait pleurer tous les ans des étudiants étrangers en langue française dans mes cours à la lecture du Dormeur du val, parce qu’ils ont acheté et aimé de la poésie, souvent pour la première fois de leur vie : Arthur Rimbaud. Français. 

Parce que son style est merveilleux, et qu’il faut prendre son temps pour le savourer très doucement : le prix Nobel Gao Xingjian. Chinois, vit en France. 

Parce qu’il représente la littérature indienne contemporaine, qu’il a été distingué comme l’un 50 leaders du changement en Inde, qu’il possède une écriture magnifique et envoutante : Tarun J Tejpal. Indien. 

Parce qu’il nous a donné 100 ans de solitude : le prix Nobel Gabriel Garcia Marquez. Colombien. 

Parce que son œuvre est intense, profonde, humaniste et humaine : Stefan Sweig. Autrichien. 

Parce qu’à chaque déménagement, il faut que j’ai relu toute ma série de livres reliés avant de me sentir enfin chez moi : Agatha Christie. Anglaise. 

Pour finir et par dessus tout, parce que dans les deux livres reliés en papier bible de la bibliothèque de mes parents, il y a tout : l’amour, la haine, la jalousie, la générosité, la naïveté, la cruauté, le mépris, l’argent, la maladie, la mort, la vie… : Guy de Maupassant.

 

Ca fait plus de 10 ? Tant pis, je suis prof de français, pas de maths !!!

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 08:52

David Foenkinos et son frère adaptent La délicatesse. 

LireFilm en avant-première , novembre 2011

Audrey Tautou incarnera la jeune veuve très courtisée de ce roman paru en 2009 chez Gallimard.

Pour son premier roman transposé sur grand écran, David Foenkinos a décidé d'écrire lui-même le scénario avec son frère Stéphane, directeur de casting, comédien et réalisateur d'un court métrage. Après de nombreux projets autour de ses précédents romans, jamais aboutis jusqu'à présent, l'écrivain a préféré tout prendre en main, y compris la réalisation.
Selon les informations du Film Français, La délicatesse sera en tournage dès le 7 mars.

Paru chez Gallimard en 2009, lauréat d'une dizaine de prix, le roman s'était vendu à 70 000 exemplaires, selon l'éditeur, et a été traduit dans 16 pays, soit le plus gros succès de l'auteur. La version poche, chez Folio, vient de paraître début janvier.
(Tirage 560 000 exemplaires toutes éditions selon Livres Hebdo)

Audrey Tautou incarnera Nathalie, jeune veuve courtisée par son patron et un employé suédois, respectivement interprétés par Bruno Todeschini et François Damiens. La sortie du film est prévue pour le premier semestre 2012.




David Foenkinos sera de retour en librairie le 2 mars avec un album illustré par Soledad Bravi, Le petit garçon qui disait toujours non (Albin Michel Jeunesse).

Source:Copié sur livreshebdo

 

Grâce à Asfodèle, j'apprends que Emilie Simon signera la bande-son. Merci pour l'info!

 

 

Pour La délicatesse, David Foenkinos, après avoir été sur la liste de tous les grands prix littéraires d'automne et n'en avoir obtenu aucun!!!, a obtenu au cours de l'année 2010 pas moins de 10 autres prix littéraires. Exploit!

Prix des lecteurs du télégramme

Prix littéraire des étudiants du Liban

Prix orange du livre

Prix du 7ième art (journées du livre et du vin)

Prix des écrivains dans le vent (Vannes)Prix An Avel (dans le vent)

Prix Gaël club

 

Je suis moins sure des prix suivants, ayant fait ma recherche sur internet et n'ayant pas recoupé les informations suivantes ... A suivre.

Prix conversation

Prix des dunes

Prix Jean-Pierre Coudurier

Prix Fnac riviera

La France adore les prix littéraires!

 

Lire aussi: David Foenkinos. La délicatesse. avec le florilège de l'entretien aux Ecrivains du sud, en 2009, dans lequel il expliquait déjà son désir d'adapter ce roman.  Coup de coeur.

 

Le prochain livre de David Foenkinos: Les souvenirs. 

David FoenKinos. Les souvenirs



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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 14:00

Mémoires de la jungleGallimard. Avril 2010

Sélection du prix des lecteurs des Ecrivains du Sud 2011

Prix biennale du livre d'histoire 2012


CRASH

- Le singe se réveille - La navette s’est écrasée sur une rive déserte du continent africain

DE LA JUNGLE

Quand j’ai ouvert les yeux, ma chemise blanche était toute tâchée. J’ai pensé : Oh non non non. Janet est très fâchée. Doogie, tu ne sais pas te tenir. Ma grande main j’ai posé sur le crâne et j’ai fait : Ouille, ouille, ouille, parce que Doogie avait mal au cou, au ventre, aux très grands pieds, aux deux genoux.

Doogie, j’ai dit à toi-même, tu es coincé complètement dans le petit cabinet ? Le mur de métal qui brille est découpé comme par un ouvre-boîte de conserve, une poutre qui a la couleur des yeux de Janet quand il fait soleil a traversé le plafond, elle est tombée à deux doigts de Doogie de mes jambes. Oh, heureux, très heureux que Doogie ait de telles petites jambes ! J’ai tant d’effroi. Haooooounh ! Je tambourine contre la boîte cabossée de la pharmacie à la croix verte qui soigne en tôle et en argent, je pousse un cri, deux cris.

(     )

Doogie a très mal jusqu’au cerveau ! Il lève l’autre main couverte de tâches d’huile de rousseur, mais hi hi hi c’est trop court. Doogie remue aors tous les doigts les une après les autres dans le vide. Ce n’est pas la peine ! Doogie seul, Doogie tout seul, Doogie abandonné va au Paradis qui n’existe pas.

 


J'ai eu un mal fou à venir à bout de ce glabou-glabouillis ! Le parti-pris de l'auteur d'inventer la langue approximative du singe rend la lecture difficile et fastidieuse.

Et pourtant quel travail: au fur et à mesure que le singe redevient sauvage, sa parole régresse! Et pourtant la quatrième page de couverture semblait très alléchante. Le sujet passionnant. Dommage!

Le narrateur de ce roman, Doogie, est un jeune chimpanzé (Pan troglodytes troglodytes).

Le sol du continent africain, dévasté par des guerres, des famines et une vague de pollution chimique, a été laissé expérimentalement en jachère. Partout ailleurs, l'espèce humaine s'est retranchée dans les villes et à l'intérieur de vastes stations orbitales. Un immense zoo près du lacVictoria accueille scientifiques et étudiants afin d'observer la faune préservée...

C'est là que Doogie a été élevé, dans une famille de chercheurs, en compagnie de deux enfants : Donald et sa soeur, la bien-aimée Janet. Tout autour, à perte de vue, la jungle de jadis a repris ses droits.

Singe génial et attachant, Doogie a appris à parler-à l'aide du langage des signes, d'écrans tactiles et de lexigrammes - un dialecte baroque et rapiécé.

Son récit commence alors que Doogie revient d'un long voyage en orbite. Après le naufrage de son vaisseau sur un rivage désertique de la côte africaine, le singe civilisé se retrouve seul, perdu dans la jungle. Pour rejoindre Janet et son foyer d'enfance, il devra affronter le monde sauvage, et se dépouiller peu à peu de sa " fidélité à l'humain ", quitte à redevenir un animal...

 

Biographie de l'auteur

Né en 1981, Tristan Garcia enseigne la philosophie.

Il est l'auteur de La meilleure part des hommes, prix de Flore 2008.

En mars 2011, il publiera un essai Le Droit des animaux, chez François Bourin, sur les rapports entre les hommes et les animaux, notre conception morale de l'animalité.

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 11:02

  Perrignon les-chagrinsStock, août 2010.

Sélection du prix des lecteurs des Ecrivains du Sud 2011

Entretien des Ecrivains du sud, le 18 Novembre 2010. 


Pour un premier roman, c’est un coup de maître. 

 Le souvenir en résonne bien après la dernière page refermée.


Mais Judith Perrignon n’en est pas à son premier essai en littérature.

Après des études de journalisme, elle travaille dans la presse écrite. Puis pendant plusieurs années, elle dresse des portraits pour la dernière page de Libération. « … des voix ! ». Elle est actuellement collaboratrice à XXI et Marianne.

Elle a également écrit plusieurs ouvrages à 4 mains. « Les livres en collaboration sont un sas entre le journalisme et l’écriture romanesque ». Elle travaille actuellement sur un livre en collaboration avec Eva Joly, « une femme qui a des choses à dire ». Lire:  Les yeux de Lira. Eva Joly, Judith Perrignon

« C’est un grand moment de liberté d’écrire un roman ou un journal.

 


J’avais en tête cette Petite Roquette, une prison de femmes devenue un jardin public où rient des enfants, où j’ai emmené les miens. J’ai pensé à la démolition en 1973, le chantier de l’oubli. Avec mes réflexes de journaliste, j’ai fait des recherches, mais l’administration pénitentiaire n’a plus rien.

Des gravats, j’ai voulu faire émerger des voix. J’ai construit ce roman en spirale de chagrin ajouté, vers une résolution apaisée.

C’est la quête d’une mère, celle du père est moins évidente. Ce n’est pas dit au début ».

 

Le roman débute ainsi dans les décombres et le souvenir de cette prison.

Il n’y a plus de trace de rien là-bas. On a déversé des tonnes de sable, vissé des balançoires, planté des arbres et décrété l’insouciance. Les enfants ne semblent pas savoir ce que c’est qu’attendre. Leurs mères les regardent, un sac plein de gâteaux et d’habitudes posé juste à côté d’elles, on dirait qu’elles s’ennuient, qu’elles n’ont d’autres choix que d’être là, à heure fixe, entre l’école et le repas. Regarde-moi ! dis, regarde-moi ! leur crie l’enfant. Mais qui surveille qui sur l’aire de jeux ?

Là-bas, la mémoire complote. Les chemins serpentent. Le terrain fait de vagues. Le toboggan est habillé d’une tour qui ne guette plus rien. Le pigeonnier ressemble à un mirador. Le grillage court autour des pelouses interdites. Alors, assise sur un banc à l’écart, j’ai cherché une prison sous le sable, un très haut mur sous les arbres, j’ai guetté Helena dans un square, comme avant, comme quand j’étais petite. Et plus le temps passait, plus j’entendais la Roquette, petite Roquette, prison de femmes sur laquelle des gamins jouent. C’est là qu’elle s’est éteinte et là que je suis née. Je ne le savais pas, je l’ai lu dans les lettres de Mila.

(     )

Tu dois être plus heureuse que moi, Helena, parce qu’un jour il faut que ça s’arrête le mauvais sort. Ils vont détruire la Petite Roquette, c’est écrit sur un panneau au-dessus de la porte. Un jour tout le monde aura oublié ce qu’il y avait là, sauf toi et toutes celles qui y sont passées. Mais ta mémoire ne doit pas être une autre prison.

 

 

Dans les années 70, Helena a commis un braquage avec un homme. elle a été arrêtée, l’homme est parti. Elle a accouché, en prison, à la petite Roquette. Sa peine purgée, elle sort, et retrouve sa fille Angèle dont elle s’occupe sans amour, murée dans l’orgueil de son amour enfui.

Angèle, chaque centimètre que vous preniez disait le temps qui passe, le silence qui dure et l'amant qui ne reviendra pas.

(     )

Je vous ai vue courir derrière elle, le nez à hauteur de ses cuisses qui marchaient en ayant l’air de fuir. Comment vous dire, Angèle ? Je n’ai jamais oublié cette image. Depuis que  nous nous voyons, c’est comme si je vous avais toujours connue et ne faisais que vous retrouver.

 

Ce récit à voix croisées retrace l’histoire des trois femmes, grand-mère, mère, fille et dessine le portrait en négatif d’une amoureuse figée dans le souvenir de cet amour. « Angèle cherche sa mère, la femme amoureuse, a besoin de comprendre le couple, pourquoi cet homme est parti, pourquoi la mère s’est murée dans cet amour. »

 

 

On entend la voix de tous sauf celle du personnage central Héléna qui ne parle pas ou peu. Tous tentent de la cerner, de la décrire, de la trouver. Tous l’éclairent à travers leur propre histoire.

Je vends des jouets anciens dans l’allée numéro 7, marché Vernaison, aux puces de Saint Ouen. Je m ‘appelle Angèle, je vis parmi les trains, les canots à bassin, les poupées, les soldats, les robots, les animaux. C’est une drôle de vie, les jouets vous font croire qu’elle ne fait que commencer mais ils sont si vieux que tout a déjà l’air terminé. Je me lève tôt. Je parcours les salles des ventes, les salons, et j’entre chez des gens qui débarrassent leurs maisons des souvenirs. Ca m’emmène loin parfois. Je voyage. Je ramasse la vie des morts. Mais j’ai choisi ce qu’ils laissent de plus beau, ce temps pas toujours tendre, où l’on disait en chuchotant ou en criant, Je veux maman.

Moi c’était en chuchotant.

 

 

Lettres, petites annonces, confessions, journal intime: les genres s’entremêlent.

« La place des lettres dans ce roman est importante. Pas des lettres trouvées, des lettres écrites. J’ai gardé en mémoire des rencontres, des portraits de mes années à Libération. J’ai essayé d’imaginer une femme seule de 50 à 60 ans, avec un bébé qui dort dans la pièce à côté et sa fille en prison. Elle pense aux femmes et à leurs destins. Les filles d’aujourd’hui ne seront peut-être pas plus heureuses mais elles auront plus d’air. Elle voit le temps passer. Elle lui parle en tant que mère, en tant que femme, elle est parfois en colère ».

Qu’est-ce que tu crois, Héléna, que tu es la première à souffrir?  la première qu’on abandonne ? Relève-toi, s’il te plaît ! regarde autour de toi, tu es certainement la plus jeune de celles qui t’entourent, tu n’as encore rien vu, d’autres bonheurs, d’autres chagrins t’attendent, relève-toi !

(     )

16 novembre 1969

Aujourd’hui Angèle a deux ans.

Elle mesure 84 centimètres et je voudrais qu’elle ait grandi tout autant dans ta tête et dans ton cœur.

 (     )

J’écris dans le désordre, j’écris parce que, ensuite, tu ne me laisseras pas te parler, te dire ma joie, les larmes qui me viennent à l’idée qu’enfin tu sois dehors, l’envie que j ‘ai de te serrer dans mes bras. Je n’oserai pas de toute façon, je n’oserai plus. J’écris parce que je n’ai que cela, parce qu’il faut que tu viennes pour Angèle. Je mets le photomaton dans l’enveloppe. Je sais bien qu’elle sera sous tes yeux le rappel à vie d’une absence, mais elle n’y est pour rien. Regarde-la plutôt comme la preuve que c’est arrivé, que cet homme qui s’est enfui t’a un jour aimée.

Helena, si tu reviens, c’est pour Angèle, sinon ne reviens pas.

 

Mila

 

Ce roman remarquablement bien construit, à l’écriture achevée, où rien n’est laissé au hasard m’a énormément émue. 
 

« J’écris très très doucement, pas à pas, je relis à haute voix, je cherche les mots.  Les écrivains que j’aime ont des écritures musicales. »

 

 

 

 Bibliographie

Mauvais génie, co-signé avec Marianne Denicourt, Stock, janvier 2005. link

C'était mon frère, éditions l'Iconoclaste, 2006. Version poche, Folio, juin 2009. link

La Nuit du Fouquet's, co-signé avec Ariane Chemin, Fayard, 2007. link

Lettre à une mère, avec René Frydman, éditions l'Iconoclaste, mai 2008.

Les Secrets des mères, avec René Frydman, éditions l'Iconoclaste, mai 2008. link 

L'Intranquille, co-signé avec Gérard Garouste , 2009, éditions l'Iconoclaste. link


 

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